Je m’appelle Mikaël, j’ai 35 ans et je suis de Sin le Noble dans le Nord.

Je suis atteint d’une surdité congénitale de perception bilatérale profonde. Plus précisément, surdité profonde au 3ème degré à l’oreille droite avec une perte de 110 dB et surdité moyenne à l’oreille gauche avec une perte de 60 dB.

 

 mikaelC’est avec cette dernière et un appareillage de contours auditifs analogiques que j’ai pu apprendre à parler correctement malgré un retard de vocabulaire à l’âge de 2 ans. J’ai toujours suivi une intégration scolaire quasi-normale accompagnée de cours de soutien assurés par l’I.R.P.A. (Institut de Réhabilitation de la Parole et de l’Audition à Ronchin près de Lille).

Avec cet appareillage, j’entendais bien du coté gauche mais la lecture labiale m’était indispensable pour la compréhension dès qu’il y avait un milieu bruyant. Au fil des années (école, collège et lycée), une baisse s’était installée sur la surdité moyenne, devenue alors sévère avec une perte de 20 dB supplémentaires. C’est à partir de ce moment là que la lecture labiale devenait pour moi presque obligatoire quelle que soit la situation et ce à tout instant.

Au passage des contours auditifs numériques et avec le renouvellement des prothèses auditives, j’ai décidé de n’appareiller que le coté gauche pour une raison financière et de gain prothétique nul sur le coté droit. Lors de mes études supérieures, cela a été difficile de poursuivre le programme de formation d’ingénieur car la baisse sur le coté gauche s’est encore amplifiée de 20 dB et donc la surdité est devenue cette fois-ci profonde au 1er degré avec une perte de 100 dB au total.

On peut donc dire que j’ai une surdité dite évolutive. J’ai dû ressentir de l’inconfort auditif dès 2001 : je passais plus de temps à envoyer des sms que de téléphoner à mes proches et amis, je comprenais de moins en moins la tv sans sous-titrage (infos et reportages) et je me sentais souvent perdu dans les conversations à plusieurs personnes… cela me demandait tellement de concentration à suivre ce que j’entends que je finis par me fatiguer assez vite et m’isoler dans un coin…

Bref, je devais renoncer à pas mal de choses et la vie commençait à devenir insupportable par l’apparition d’acouphènes. Heureusement que mes proches et amis les plus chers m’ont toujours soutenu dans les moments difficiles. J’avais déjà entendu parler de l’implant cochléaire mais je pensais que c’était réservé aux nouveau-nés. Jusqu’au moment où un jeune remplaçant de mon docteur Orl m’a annoncé que désormais c’était ouvert à tout âge.

J’ai donc décidé de me lancer d’abord par une recherche d’informations techniques et financières sur l’implant cochléaire (que j’ai trouvées aisément sur le site internet Cisic) avant de prendre rdv avec le Pr Vincent au CHU Salengro de Lille. A l’issue de ce 1er rdv, j’ai accepté le bilan pré-implant qui s’est avéré très positif. J’ai donc donné ma décision de se faire implanter sur l’oreille de mon choix. A titre personnel, j’ai choisi le coté droit (oreille qui n’a jamais entendu) car je tenais compte du risque opératoire et j’avais de la patience pour la rééducation orthophonique. En fait, j’avais le projet de commencer par cette oreille et de finir avec l’autre une rééducation plus rapide que la 1ère

Mon 1er implant a été posé le 24 Avril 2007. L’opération s’est très bien passée et je ne suis resté que 2 jours à l’hôpital. J’ai eu un très bon réveil et aucune nausée ni vomissement. Par contre, j’ai eu des douleurs qui ont été vite et heureusement soulagées par de la morphine. Bref, j’en garde un bon souvenir. 1 mois après, on me branche le processeur externe. Au début, ce n’était que des sensations, ce n’était pas audible (que des bruits métalliques). Quelques minutes plus tard, j’entendais les premiers sons surtout les aigus un peu agressifs quand je froissais du plastique ou chiffonnais du papier (aujourd’hui j’en rigole).

Ensuite, j’ai entamé la rééducation orthophonique à raison d’une séance par semaine pendant 3 ans. Tout d’abord, l’orthophoniste et moi avons commencé par la reconnaissance des bruits simples (aboiement d’un chien, marteau, prise d’une photo, sonnerie de tél, oiseau etc. …) avant d’attaquer les 1ères voyelles et consonnes puis les syllabes. Et les 1ers mots puis les phrases par la suite. Pendant ces 3 années, les progrès ont été époustouflants et commencent à se stagner depuis début 2010.

J’aimerais vous partager 2 choses qui m’ont marquées :

L’une, j’avais surpris l'orthophoniste qui avait voulu me piéger en me disant " l'homme construit une niche pour son chien " que j'avais parfaitement compris du 1er coup alors je lui avais pu répéter sa phrase avant de choisir la bonne image photo qui n'était que tout simplement un homme en train de scier une planche de bois !

L’autre, j’étais parti seul au Mac Do. J’arrivais au Mac Drive et m’étais arrêté au micro pour passer la commande. De l’autre coté, l’interlocuteur m’avait posé pas mal de questions pour finaliser cette commande. Et ça s’était très bien passé, j’avais parfaitement compris malgré la grande crainte de ne pas m’en sortir du tout ! Je dois vous préciser qu’avant l’implant c’était catégoriquement impossible…

C'est pour vous dire à quel point je progresse de plus en plus vite et que je suis heureux de me sentir plus à l'aise avec l'IC que je ne saurai plus m'en séparer et qui m'ouvre bien les portes du monde réel sonore.

Bien entendu, l’implant a ses limites. Pour ma part, il y en a 2 qui me sont encore difficiles aujourd’hui : émettre ou recevoir des appels téléphoniques à des gens qui ne me connaissent pas du tout et qui ont un débit de parole très rapide, et suivre une discussion en réunion ou au restaurant sans qu’ils me regardent…

Bref, il m’est encore difficile de mieux comprendre dans le bruit. Ceci peut être amélioré en ayant le second implant pour gagner en stéréophonie et en richesse d’informations sonores afin de faciliter le traitement cérébral. Avec de la chance, je me suis vu proposer par l’équipe Orl du CHU la pose du 2ème implant ! Après une bonne réflexion, j’ai décidé de me lancer à nouveau dans cette belle aventure et donc accepté cette intervention chirurgicale.

Celle-ci a eu lieu le 19 Avril 2010. L’opération s’est très bien passée et je ne suis resté que 2 jours à l’hôpital comme pour le 1er implant. Je n’ai eu aucune nausée ni vomissement. Par contre, j’ai eu juste un mauvais réveil au début en sortant du bloc opératoire et des douleurs qui ont été moins fortes que la 1ère fois et heureusement soulagées par de la morphine. Bref, j’en garde pareillement un bon souvenir.

Je suis actuellement en arrêt maladie et en attente de la date de branchement du 2nd processeur… à venir pour mes 1ères réactions et impressions lors de la 1ère stimulation ! ...

A ceux qui me lisent et qui hésitent encore de l'opération, une chose est sûre : ne perdez surtout pas trop de temps à vous décider et si votre bilan pré-implant est positif, eh bien un seul mot : Courez vite car l’implant peut vous réserver énormément de surprises qui pourront changer considérablement votre vie !

P.S. : j’ai trouvé un site internet très bien présenté et qui nous emmène sur une promenade autour de la cochlée. Ce site nous explique clairement le chemin depuis la source sonore jusqu’au traitement cérébral. Je vous invite à aller faire un tour en cliquant sur http://www.neuroreille.com/promenade/start.htm et vous souhaite une bonne lecture !